Découvrez notre e-shop et accédez à un catalogue numérique de plus de 40.000 produits design.
Aller au shopSummer Days | Passez une commande de 480€ ou plus et obtenez -15% avec le coupon SUMDY15
13 juillet 2026
Cristián Mohaded explore le design comme traduction de mémoire, d’artisanat et de culture, entre identité personnelle et collaborations internationales.
Pour Cristián Mohaded, un designer est avant tout un traducteur : quelqu’un qui absorbe des langages, des mémoires et des cultures pour les transformer en projets capables de dialoguer avec l’identité des entreprises avec lesquelles il collabore. Né à Catamarca, dans le nord de l’Argentine, Mohaded nourrit son travail d’un lien profond avec les paysages, l’artisanat et la culture matérielle de sa terre natale, qu’il réinterprète à travers un regard contemporain.
De ses collaborations avec Molteni&C et Meritalia® à ses projets pour des marques internationales, son approche tisse des passerelles entre héritage culturel et innovation, récit personnel et langage industriel, en donnant naissance à des objets à forte résonance émotionnelle, pensés pour durer.
Entretien réalisé en anglais – traduction et adaptation françaises.
Vous avez grandi en Argentine, entouré de ses paysages, de son artisanat et de ses traditions culturelles. De quelle manière votre lieu de naissance a-t-il façonné votre sensibilité aux matériaux, aux formes et à la narration dans le design ?
Grandir en Argentine a façonné mon approche du design de manière très émotionnelle et instinctive. Je suis originaire de Catamarca, dans le nord-ouest de l’Argentine, et ce paysage m’accompagne constamment. Aujourd’hui encore, lorsque je travaille sur des projets internationaux, mes origines restent très présentes. J’aime créer des pièces dans lesquelles la matière s’exprime naturellement et où l’artisanat trouve une lecture contemporaine.
En repensant à votre formation et à vos premières expériences, quels ont été les moments les plus significatifs de votre parcours de designer, et comment ont-ils influencé l’orientation de votre pratique actuelle ?
Je crois que ma formation en tant que designer est un processus continu, et que je continuerai toujours à apprendre. Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir, à comprendre ou à perfectionner. L’une des étapes les plus importantes de ma formation a été de quitter Catamarca pour m’installer à Córdoba et étudier le design industriel. Voyager à travers l’Argentine a également été fondamental : j’ai rencontré des artisans de différentes communautés et j’ai vu les matériaux se transformer à la main, ce qui a complètement changé ma compréhension du design. Il existe dans l’artisanat une intelligence difficile à transmettre dans un cadre académique. Plus tard, une autre phase de ma formation a commencé, lorsque j’ai entamé des collaborations avec des marques internationales. J’ai alors compris que je devais transposer un langage très personnel et local dans des projets destinés à des entreprises qui possédaient déjà un langage de marque iconique. Ce processus m’a poussé à définir plus précisément mon identité de designer.
Vous avez collaboré avec des marques dotées d’un héritage et d’une identité forts, comme Meritalia®, Molteni&C, cc-tapis, Moooi et Wiener GTV Design. Comment conciliez-vous le respect de l’histoire d’une entreprise avec le désir d’introduire une vision contemporaine et personnelle ?
La première chose, et la plus importante pour moi, est d’observer, d’écouter et de comprendre en profondeur l’histoire et le langage de l’entreprise. J’ai un grand respect pour la tradition et pour la manière dont elle peut établir un dialogue entre passé et présent. J’essaie toujours d’inscrire mon propre langage dans chaque projet. Les meilleures collaborations naissent lorsque cette rencontre devient naturelle pour les deux parties, lorsque l’identité de l’entreprise reste lisible tout en laissant percevoir l’arrivée d’une nouvelle perspective dans le dialogue.
Lors du dernier Salone del Mobile, vous avez présenté le fauteuil Corsetto pour Molteni&C. Pouvez-vous nous parler du concept à l’origine du projet et de l’inspiration qui a guidé son caractère sculptural et tactile ?
Corsetto naît d’une exploration de la tension entre douceur et structure. Je voulais créer un objet qui donne presque l’impression d’avoir été modelé par la contrainte. Des volumes pleins et arrondis, capables d’exprimer le confort et la chaleur, mais définis par un sens de la structure, comme un « corset » en cuir. Je souhaitais que le fauteuil possède une forte présence sculpturale, sans renoncer pour autant à la chaleur ni au confort. La présence matérielle joue également un rôle important dans le projet. Le dialogue entre le cuir et le tissu contribue à renforcer ces qualités contrastées.
Corsetto semble associer confort, artisanat et forte présence visuelle avec beaucoup d’équilibre. Quel a été le plus grand défi pour traduire cette idée en produit fini, et de quels aspects du design êtes-vous le plus fier ?
Je dirais que l’un des plus grands défis a été de transposer ces larges courbes continues en un produit industriel fini. Cela a nécessité un important travail de développement avec l’entreprise et les artisans impliqués.
Un autre aspect essentiel était le confort. Les meubles très sculpturaux peuvent parfois perdre leur qualité ergonomique ; il était donc fondamental que Corsetto reste réellement confortable et naturel à « habiter ». Ce dont je suis probablement le plus fier, c’est le sentiment de tension que le fauteuil transmet. Cette impression de compression d’un volume plus doux était essentielle pour communiquer le concept, et je crois qu’elle exprime la dimension émotionnelle et tactile que je cherche toujours à insuffler à mon travail.
Avec Hug pour Meritalia®, vous explorez la discontinuité comme élément de design à travers des modules non uniformes et des formes volontairement irrégulières. Comment cette recherche est-elle née, et que vous permet-elle d’exprimer par rapport à un langage de design plus rigoureux et conventionnel ?
Hug naît du désir de construire un paysage de fragments qui s’assemblent de manière architecturale, comme si les sections du canapé étaient fracturées, subdivisées et volontairement non uniformes. Mon intention n’a jamais été de corriger la discontinuité, mais de l’assumer pleinement, pour en faire la source du caractère des pièces. Ces oppositions et ces contrastes génèrent un rythme, une tension mesurée qui donne à la composition une atmosphère géométrique postmoderne, adoucie. Hug possède une attitude jeune, pratique et décontractée, qui représente ma manière de dialoguer avec l’identité de Meritalia®.

Toujours pour Meritalia®, Eyes semble au contraire s’articuler autour d’une perception presque optique de l’espace, façonnée par les reflets, les superpositions et les transparences. Quelle importance accordez-vous, dans votre approche, à la création d’objets qui changent continuellement en fonction de la lumière et de leur environnement ?
J’aime l’idée qu’un objet puisse instaurer un dialogue avec son environnement et avec celui qui l’observe. Dans Eyes, la répétition et le rythme créent un effet visuel dans lequel la géométrie commence à se transformer, presque à devenir une illusion. Ce qui peut d’abord sembler solide ou statique évolue progressivement avec le mouvement de la lumière ou le changement de point de vue. Pour moi, ce sentiment de transformation maintient l’objet vivant. Il invite les personnes à interagir avec lui dans le temps, à découvrir de nouvelles strates, profondeurs et détails, plutôt qu’à le comprendre entièrement d’un seul regard.
Meritalia® a toujours incarné une réalité libre, expérimentale et profondément anticonformiste, en collaborant avec des figures comme Gaetano Pesce et d’autres protagonistes du design radical. De quelle manière cet esprit a-t-il influencé votre travail et quelle importance revêt aujourd’hui, selon vous, le fait de laisser une place à l’imperfection, à l’ironie et à la liberté expressive dans le design contemporain ?
Pour moi, le design ne consiste pas seulement à résoudre une fonction, mais aussi à susciter la curiosité, l’émotion et le dialogue. C’est un aspect que Meritalia® a toujours compris, et c’est l’une des raisons pour lesquelles travailler avec la marque a été si naturel. Je crois qu’il est de plus en plus important, dans le design contemporain, de laisser une place à l’imperfection, à l’individualité et à la liberté expressive. L’imperfection, lorsqu’elle est intentionnelle et maîtrisée, apporte du caractère et de l’humanité. Elle raconte une histoire et crée un lien émotionnel plus fort avec l’objet.
Votre studio réunit différentes disciplines, sensibilités et perspectives créatives. Comment le travail d’équipe est-il organisé, et de quelle manière la collaboration et le dialogue influencent-ils le développement de vos projets ?
Chaque projet dans mon studio commence par une conversation, des références et une exploration des matériaux. Je crois que le dialogue est fondamental dans tout studio. Le design est aujourd’hui multidisciplinaire : l’art, l’architecture, l’artisanat et la mode se croisent dans notre travail. La collaboration permet aux projets d’évoluer vers des directions inattendues et de s’enrichir grâce à la pensée collective. Même si de nombreuses voix interviennent, en tant que fondateur et directeur créatif du studio, mon identité et ma vision du projet traversent tout ce que le studio présente.