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6 juillet 2026
Avec Imago pour G.T.DESIGN, Deanna Comellini explore le tapis comme un territoire sensible, entre formes organiques, matière régénérée et puissance de l’imagination.
Dans le travail de Deanna Comellini, le tapis devient surface narrative, paysage émotionnel et outil de transformation de l’espace. Avec Imago, la nouvelle capsule collection présentée par G.T.DESIGN à la Milano Design Week 2026, la designer poursuit sa recherche sur les formes organiques et l’« imperfect design », dans un dialogue entre durabilité, imagination et perception sensorielle. Réalisée en Econyl régénéré, la collection interprète le thème « Active Imagination » à travers des motifs fluides et des formes archétypales qui évoquent nature, mémoire et mutation continue, transformant le tapis en une présence vivante et immersive.
Entretien réalisé en italien – traduction et adaptation françaises.

Imago naît comme une célébration de la régénération et du devenir. Comment ce concept s’est-il traduit dans le processus créatif et dans la définition des motifs organiques de la collection ?
Imago prend forme à partir d’une idée de métamorphose continue, semblable à celle qui s’opère dans la nature. Dans le processus créatif, j’ai travaillé par soustraction et par effacement progressif, en laissant les formes émerger comme des traces fluides. Les motifs naissent de suggestions organiques — reflets d’eau, fonds marins, pétales — et se construisent par de légères superpositions. Je voulais créer un système ouvert, où chaque tapis serait perçu comme un organisme en évolution, capable de se modifier selon le regard de chacun.

La nouvelle forme Native B élargit le langage visuel de la ligne UltraNative. Quelles possibilités expressives cette évolution ouvre-t-elle et comment dialogue-t-elle avec la philosophie des formes primordiales qui guide votre recherche ?
La forme Native naît déjà du refus d’une géométrie imposée. Le rectangle est une convention, et non quelque chose qui appartient à la nature. Avec Native B, j’ai ressenti le besoin de pousser cette liberté encore plus loin. C’est une forme qui crée une tension différente dans l’espace, beaucoup moins prévisible. Elle permet au tapis de dialoguer de manière plus dynamique avec l’environnement et avec les personnes qui l’habitent. À la base demeure toujours la même recherche : des formes primordiales, archétypales, qui ne sont pas décoratives mais profondes, et qui appartiennent à notre mémoire collective.

La Design Week 2026 avait pour thème « Active Imagination ». Comment ce thème s’entrelace-t-il avec votre vision artistique et avec l’expérience immersive que les tapis Imago entendent générer dans l’espace ?
Le concept d’« Active Imagination » est très proche de ma manière d’envisager le projet : non pas comme quelque chose de prédéfini, mais comme une expérience qui s’active à travers la perception individuelle. Avec Imago, j’ai voulu créer des surfaces qui n’imposent pas une lecture, mais la suggèrent. Les tapis deviennent des paysages intérieurs qui invitent l’observateur à y projeter émotions et souvenirs. Ce sont des espaces intimes, qui changent selon la personne qui les traverse. L’expérience est immersive précisément parce qu’elle n’est jamais univoque : c’est un espace mental autant que physique, où design et imagination se rencontrent et se transforment réciproquement.
La collection est réalisée en Econyl, un fil régénéré obtenu à partir de matériaux de récupération. Quel rôle joue la durabilité dans votre pratique du projet et comment s’intègre-t-elle à l’idée d’« imperfect design » qui caractérise votre travail ?
Pour moi, la durabilité est une conséquence naturelle de ma manière de regarder le monde. L’utilisation de l’Econyl est cohérente avec l’idée de régénération qui traverse toute la collection : transformer des matériaux de récupération en quelque chose de nouveau et de signifiant. Cela se relie profondément au concept d’« imperfect design », qui ne recherche pas la perfection formelle absolue, mais place au centre la diversité, la transformation, le temps. L’imperfection devient une valeur : elle permet de raconter un processus, une histoire et, surtout, une matière qui change. En ce sens, durabilité et imperfection partagent la même vision : celle d’un design vivant, en constante évolution.

Depuis plus de quarante ans, vous explorez la frontière entre artisanat, industrie et expérimentation artistique. En quoi Imago représente-t-elle une nouvelle étape de ce parcours et quelles directions futures entrevoyez-vous pour le tapis contemporain comme territoire d’expression ?
Imago représente une synthèse mûre de mon parcours. Depuis longtemps, je sens que le tapis peut aller au-delà de la fonction : il n’est pas seulement un élément posé au sol, mais une présence active, capable de créer une relation et de modifier la perception de l’espace. Je crois que l’avenir du tapis contemporain va précisément dans cette direction, comme un langage de plus en plus expressif, capable de dialoguer avec l’architecture et avec la personne de manière directe et sensible. Un objet qui n’est jamais neutre, mais qui porte en lui une énergie et une capacité de transformation. Au fond, chaque projet est une transfiguration de quelque chose qui existe déjà — et c’est précisément dans ce passage qu’il peut devenir, à chaque fois, quelque chose d’inédit.