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7 septembre 2026
Maddalena Casadei évoque son approche du design, entre recherche, attention portée aux détails et nouvelle manière de concevoir, plus lente et plus responsable.
Designer évoluant entre recherche, création de produits et expérimentation, Maddalena Casadei a construit son parcours au contact de différentes personnalités et cultures du design. De son expérience au sein du studio de James Irvine à ses collaborations avec plusieurs figures majeures du design contemporain, son travail repose sur la rigueur, l’observation et le soin du détail. Dans cet entretien, elle défend une conception éloignée de la course permanente à la nouveauté : une approche dans laquelle le temps, la responsabilité et la qualité deviennent les conditions essentielles de la création d’objets conçus pour durer.
Entretien réalisé en italien – traduction et adaptation françaises.
Ta formation embrasse différents domaines, du design à la recherche en passant par l’expérimentation. Quelles rencontres ou expériences ont le plus contribué à définir ta manière de concevoir ?
Pour être honnête, je ne sais pas si je me définirais comme une designer expérimentale. Je me considère plutôt comme une conceptrice qui aime travailler à différentes échelles, même si le produit reste mon domaine de prédilection. La rencontre qui m’a le plus marquée est sans aucun doute celle avec James. Au fil des années, j’ai également eu la chance de rencontrer de nombreuses personnes intéressantes et inspirantes, comme Alberto Meda, Konstantin Grcic ou l’équipe d’Industrial Facility. Chacune d’elles a contribué à ma formation et façonné, à sa manière, mon regard sur la conception. Cela dit, je n’ai jamais eu de figure iconique à laquelle j’aurais particulièrement aspiré à ressembler. J’ai toujours préféré construire mon parcours au contact de personnes différentes, à travers tout ce que l’on peut finalement appeler l’expérience personnelle.

Tu as travaillé aux côtés de James Irvine, une figure qui a profondément marqué le design contemporain. Quel est l’enseignement le plus précieux que tu as retenu de cette expérience et qui continue aujourd’hui de guider ton travail ?
L’enseignement le plus précieux que j’ai retenu de mon expérience avec James est avant tout le respect humain, à tous les niveaux. Sur le plan de la conception, il m’a transmis l’importance de garder la maîtrise du projet et d’accorder le plus grand soin à chaque détail. Avec le temps, je crois y avoir ajouté d’autres valeurs qui me semblent tout aussi fondamentales : la capacité à accepter le compromis, le choix de me concentrer sur mon propre parcours plutôt que de me comparer aux autres, une grande détermination et la conscience de la force de la collaboration.
Tes projets semblent naître d’un équilibre entre rigueur et sensibilité. Comment ton processus créatif prend-il forme lorsque tu commences à imaginer un nouveau produit ? Quel est ton point de départ et que cherches-tu à préserver jusqu’au résultat final ?
Il ne m’est pas facile de décrire mon travail de l’intérieur. Je préfère laisser aux autres le soin de l’observer et de l’interpréter avec davantage d’objectivité. Mon processus commence toutefois toujours par la recherche et l’observation. Les idées se précisent ensuite souvent dans des moments moins rationnels : il arrive fréquemment que, le matin, entre sommeil et éveil, des intuitions et des solutions prennent soudainement forme. Je suis convaincue que les expériences vécues constituent, plus ou moins consciemment, le véritable patrimoine dans lequel nous puisons lorsque nous concevons. Le processus n’est donc jamais linéaire : beaucoup de choses peuvent changer au cours du développement d’un projet. La difficulté consiste peut-être surtout à savoir renoncer à certaines convictions initiales lorsque l’on découvre qu’il existe de meilleures voies. Avec le temps, j’ai appris que ce sont précisément ces changements de perspective qui conduisent souvent aux résultats les plus intéressants.
Nous vivons entourés d’objets, souvent choisis rapidement et de manière impulsive. En tant qu’utilisateurs et consommateurs, à quel aspect du design devrions-nous accorder davantage d’attention pour établir une relation plus consciente avec ce que nous achetons et utilisons ?
L’impulsion peut être mauvaise conseillère, dans la vie comme dans les achats. Aujourd’hui, il est difficile de détourner l’attention des consommateurs de la simple combinaison entre goût et prix. C’est notamment pour cette raison que beaucoup continuent, par exemple, à acheter des imitations de pièces iconiques. Je crois pourtant que, pour devenir des consommateurs plus responsables, nous devrions apprendre à regarder au-delà de l’objet et à nous intéresser à toute sa chaîne de création et de production. Derrière chaque produit se trouvent toujours des personnes qui lui ont consacré du temps, des compétences, de l’intelligence et du travail. Acheter de manière consciente signifie donc reconnaître la valeur de tout cela. C’est un choix qui possède une dimension éthique autant que pratique. Nous devrions peut-être nous éloigner d’une attitude encore très répandue — « je l’achète, après tout ce n’est pas cher et, au pire, je le jetterai » — pour retrouver une relation plus respectueuse et plus durable avec les objets que nous choisissons de faire entrer dans nos vies.
En observant le paysage actuel du design, quels sujets ou changements t’enthousiasment le plus ? Dans quelles directions te semble-t-il important de poursuivre l’expérimentation au cours des prochaines années ?
Je travaille actuellement sur des produits qui nécessitent de très longs temps de développement et des investissements importants, car chaque élément du projet fait l’objet d’une attention particulière. L’objectif est de trouver un équilibre entre esthétique, fonctionnalité, coûts de production, longévité et durabilité environnementale. Je pense que si davantage d’entreprises revenaient à une approche plus attentive au processus et moins exclusivement focalisée sur le résultat final, nous produirions probablement moins, mais de manière plus consciente. Il s’agirait de redonner à la lenteur sa valeur et sa qualité. Aujourd’hui encore, certaines entreprises présentent des dizaines de nouveautés à l’occasion des salons, souvent très semblables les unes aux autres. Cette surproduction risque de donner naissance à des objets dépourvus de réelle nécessité ou d’identité, au point que beaucoup tombent dans l’oubli en très peu de temps. Je pense que les entreprises comme nous, designers, devrions porter un regard plus critique sur notre travail et être moins avides de nouveauté à tout prix. La véritable expérimentation ne consiste pas nécessairement aujourd’hui à produire toujours davantage, mais à consacrer plus de temps, d’attention et de responsabilité à ce que nous choisissons de faire exister. Le véritable changement résidera peut-être précisément dans cette capacité : avoir le courage d’en faire moins, mais de le faire mieux. Cette réflexion peut sembler désormais familière, mais je crois que ce principe peine encore à trouver un terrain réellement fertile.